Baptêmes en prison

Deux baptêmes d'adultes célébrés par Monseigneur Garnier à la maison d'arrêt de Douai.

On peut être baptisé à tout âge, et en tout lieu, pourquoi pas en prison !

 

A la Maison d’Arrêt de Douai, depuis plusieurs mois, Mourad, kabyle, fait part de son désir d’être baptisé. Avec le livret préparé par le Catéchuménat, nous avançons dans la réflexion et la maturation de son chemin. Très vite David, son codétenu, s’intéresse et demande lui aussi à préparer son baptême. Pendant plusieurs mois on en parle dans leur cellule et lors des rencontres de l’Aumônerie et des messes. Ils accomplissent les étapes préparatoires, les « scrutins », comme les autres, et les catéchumènes du Douaisis savent qu’ils ont deux frères qui cheminent comme eux et près d’eux derrière les murs.

 

Etant donné le risque qu’ils soient transférés dans d’autres prisons, nous décidons de ne pas attendre Pâques, mais de choisir le premier dimanche où notre archevêque sera libre.

 

Peu importe de quel délit ils sont accusés, nous n’aurons jamais aucun commentaire désobligeant de la part de l’administration, des surveillants ou des autres détenus. Au contraire on pourrait dire que tous sont honorés de cette démarche et portent les deux frères du baptême avec attention. Ils sont des enfants de Dieu, comme nous tous.

 

Bien sûr en prison rien n’est simple. Tout doit être contrôlé et régulier. La dizaine de chrétiens qui accompagnent la célébration, les « invités du dimanche », doivent déposer leurs papiers à l’avance. Un parrain n’aura pas le droit d’entrer, car il n’a pas de papiers en règle, et on doit le remplacer au pied levé. Il faut un permis pour entrer la guitare, le synthétiseur, et même la cuve du baptême. Il a fallu réserver le gymnase, qui est la salle assez grande pour rassembler soixante personnes. Confectionner une écharpe blanche qui leur sera remise après leur baptême, comme pour les autres. Ne pas oublier des registres et des cierges de baptême, et un cierge pascal et le saint chrême. Préparer une belle feuille des chants et des lectures. Chacun des deux a choisi un second prénom, inspiré des prénoms de ses parents, pour montrer qu’il change de vie. Et ils ont confectionné des cornets, pour offrir cinq kilos de dragées à leurs amis dans la prison.

 

Au début de la célébration, David et Mourad disent en quelques mots leurs pensées et leur foi en ce grand jour. Monseigneur Garnier les baptise avec joie, en cette fête du Christ Roi. Tous ceux qui le souhaitent peuvent ensuite partager un mot de l’Evangile : « J’étais en prison, et vous m’avez visité. Ce que vous faites au plus petit qui est mon frère, c’est à moi que vous le faites. »  Après la messe, la fête s’achève en partageant une boisson sans alcool et des biscuits.

 

Deux jours après, l’un des deux disait : «  Moi qui ai été souvent frappé et battu par les autres, j’ai été ému quand j’ai vu mon prénom en tête de la feuille des chants ». Et le second disait : «  La nuit suivante, je ne savais par dormir : je n’avais jamais reçu autant d’amour en une journée. »

 

Le temps avait manqué pour préparer leur première communion. David l’a faite lors de la messe de Noël un mois plus tard. Au cours d’une très belle célébration aussi. Mourad, quant à lui, a été transféré rapidement. Nous nous sommes contactés entre aumôneries des deux prisons par Internet et téléphone, et Mourad fera sa première communion, non pas à la va-vite, mais quand une petite communauté se sera constituée autour de lui.

 

En suite de quoi un autre détenu, qui ne sait pas lire, a demandé plusieurs fois qu’on ne l’oublie pas ; il veut lui aussi préparer son baptême.

 

Jean-Marie Telle, et l’équipe d’aumônerie de la Maison d’Arrêt de Douai.

 

En annexe : un dessin, une prière et un poème réalisés par les baptisés

Article publié par paroisse • Publié Lundi 12 janvier 2015 • 2736 visites

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